
« Contrairement à ce que j’espérais, le temps n’a rien arrangé, mais que serait un Barthélemy non violent ? L’aimerais-je autant ? Attendrais-je son retour, les soirs de spectacle, avec autant d’impatience ? Vibrerais-je aussi fort lorsque nous faisons l’amour, bras et jambes enchevêtrés, dans la pénombre de notre chambre ? »
Résumé
Deux histoires tracées à l’encre rouge cohabitent dans ce roman. D’une part, Barthélemy et Fabienne, jeune couple fou amoureux, d’autre part, Jean-Baptiste et Christelle, jeunes mariés puis parents de Nathan. Deux familles qui, de l’extérieur, respirent le bonheur. Pourtant, à l’intérieur c’est différent, à l’intérieur c’est la violence qui règne.
Violence physique d’un compagnon qui bat sa femme pour Fabienne, violence psychologique et verbale pour Nathan qui subit les foudres d’un père reproduisant sa propre éducation sur son fils. Violence donc et impuissance, passivité dans ce roman. Fabienne qui reste par amour. Christelle qui n’intervient pas dans le comportement de Jean-Baptiste, pire encore, participe à cette violence domestique que subit leur fils unique. Deux ménages qui ont le point commun d’exploser de l’intérieur sous les coups et les mots.
Les coups, les mots, mais aussi un chat. Glaïeul, l’animal de compagnie de Fabienne, qui tisse un lien invisible entre les deux maisons, témoin silencieux de la violence qui règne. Le félin ne juge pas et se contente de vivre entre les deux foyers qui s’écroulent et d’apporter un peu de tendresse aux victimes de ce roman, comme une bouffée d’air dans leur quotidien trop violent.
Mon avis
Grande amoureuse des chats, j’ai d’abord été séduite par le titre. Puis, je suis entrée dans le roman, sans imaginer une seule seconde la violence que pourrait me faire rencontrer ce livre. Il tord les entrailles et donne envie de hurler : sur les gestes et les mots des bourreaux, sur le silence des victimes. L’impuissance prend à la gorge, presque autant que les douleurs infligées.
Deux familles donc, deux récits et deux manières de raconter. Narrateur et narratrice internes pour Fabienne et Barthélemy, externe pour Jean-Baptiste, Christelle et Nathan. Du côté du couple, les points de vue s’alternent : l’agresseur puis l’agressée. L’auteur tente de se glisser dans leur tête, de comprendre les raisons qui les poussent à frapper, rester, continuer à aimer malgré les coups. Et, de l’autre côté de la rue, dans la parfaite petite famille, on ne rentre pas dans les têtes sans pour autant sortir de la violence. Peut-être parce que ça serait trop difficile ? Trop intense comme expérience, autant pour l’auteur que pour les lecteurs/trices ?
Et puis le chat, Glaïeul, qui sait se glisser dans les foyers pour venir réconforter les plus démuni.e.s. Lien symbolique entre les deux récits, pas vraiment nécessaire puisqu’ils sont, en soit, déjà liés par la thématique des violences domestiques. Et pourtant il ne fait pas tache sur le papier, au contraire, il se rend nécessaire à l’histoire. Point de vue muet, allégorie de la violence qui règne et qui monte, s’intensifie à travers les chapitres.
Au niveau de l’écriture, elle est fluide, agréable. Des phrases relativement courtes, mais directes et pertinentes. Un style agréable qui nous permet de s’imprégner, de se laisser perdre dans ses émotions et la tension du roman – j’avoue avoir presque lâché une larme sur la fin.
Seul petit bémol, la fin peut-être. La violence monte et s’intensifie, autant que la tension, si bien qu’on s’attend à ce que ça se termine ainsi, de manière presque télécommandée. Cependant, n’est-ce pas cela également, la violence domestique ? On ne peut pas l’inventer, que la subir. Et, après tout, j’imagine que c’est également la volonté de l’auteur de vouloir se glisser tel un chat – témoin silencieux – dans les foyers pour nous dévoiler des tableaux à rendre fou notre sentiment d’impuissance.
Le Chat, Olivier Chapuis, L’Âge d’Homme, 2018.