Speculum Mortis – Vamille

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« La Terre brûle et la vie disparaît »


Résumé

Récit post-apocalyptique, Speculum Mortis raconte l’histoire d’une Lune qui s’est éloignée de la Terre qui s’est alors arrêtée de tourner et sur laquelle la vie se met lentement à disparaître. L’histoire, majoritairement dessinée (il y a quelques textes qui rythment la lente agonie de notre Terre, mais très peu), suit en noir et blanc, un chien qui se balade dans un monde désertique et ravagé.

En parallèle de cette histoire, on découvre également celle de la Terre et de la Lune qui, comme des véritables personnages, ont leurs propres péripéties qui viennent se répercuter directement sur celles du chien solitaire.

Un récit tout en silence, donc, de cette Terre qui se meurt et de la vie qui, par le biais du regard silencieux de l’animal, s’éteint peu à peu.


Mon avis

J’ai adoré ce récit, tout en poésie et en délicatesse. Echo douloureux de la crise climatique à laquelle on fait face, le dessin tout en finesse de l’autrice sublime la mélancolie et la justesse de son propos. Si je n’ai pas les outils nécessaires pour vous faire une critique construite de son trait, je peux en revanche laisser parler mes émotions qui ont été saisies de la première à la dernière page.

On embarque complètement dans l’histoire de ce chien, métaphore à une humanité en déclin, qui laisse les lecteurs/trices dans une étrange mélancolie. Ça résonne fort dans notre tête et c’est ça qui rend ce livre aussi beau, tout en nous engageant – en tout cas pour ma part – sur une réflexion qui se fait de plus en plus pressante dans notre société et notre mode de vie. Le cycle de la vie et de la mort. Et le désagrégation – enfin – de l’individualité dans la solitude.

Pour résumer, Speculum Mortis est une véritable pépite d’une intelligence et d’une philosophie rare, et qui ne laisse pas insensible, autant par le récit qu’elle véhicule que par la beauté de ses dessins.

Speculum Mortis, Vamille, Hélice Hélas, 2018.

Paris 2119 – Zep et Dominique Bertail

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« Le temps du voyage n’est-il pas nécessaire pour appréhender une nouvelle destination ? »


Résumé

Projetée un siècle dans le futur, la ville de Lumière n’est plus qu’un enchevêtrement de vieux bâtiments et de quartiers délabrés. Les drones ont envahi la ville, ainsi que d’étranges machines, le Transcore, permettant de téléporter quiconque d’un endroit à un autre.

Tristan Keys vit dans ce monde nouveau et pourtant le rejette. Fermement ancré dans la nostalgie des récits du passé, il refuse les nouvelles technologies pour se borner au métro et à ses pieds. Jusqu’au jour où, en marchant dans la rue, il voit ce qu’il n’aurait jamais dû voir…


Mon avis

Toute dystopie commence par une utopie et ici, la promesse est belle : qui n’a jamais rêvé d’être transporté.e instantanément d’un endroit à un autre ? L’Amérique, l’Afrique, l’Océanie et l’Asie sont à un claquement de doigts, quelques secondes à peine pour se retrouver à l’autre bout de la planète. Par ailleurs, ce moyen de transport révolutionnaire interroge un autre défi de notre début de XXIe siècle : l’écologie. En effet, le Transcore est beaucoup moins polluant que l’avion, la voiture ou même le train !

Ainsi, bien que projeté un siècle dans le futur, le scénario de Zep nous plonge dans notre propre actualité. Comment voyager dans le monde moderne et, surtout, jusqu’à quels sacrifices sommes-nous prêts pour cela ? Car c’est à cette question qu’est confrontée le protagoniste, marginal en refusant de se plier au nouveau moyen de transport mis à disposition. Nous sommes donc plongé.e.s avec lui dans cet univers gris d’un métro sale et qui n’est plus utilisé par personne sinon les sdf et les drogués…

Se devine cependant rapidement, que ce soit dans les très beaux dessins de Dominique Bertail teinté par la grisaille de la ville ou la méfiance du personnage principal, une dystopie. Elle se devine même presque trop facilement, si bien que pour moi le basculement de l’utopie au cauchemar ne fut pas vraiment une surprise. J’avoue avoir complètement grillé la chose dès les premières page de la bande dessinée.

Néanmoins, malgré un léger manque de subtilité à ce niveau-là, le scénario reste très intéressant et prenant ; impossible de lâcher l’histoire ! J’ai aimé cette projection dans le futur et ce style surprenant pour le dessinateur de Titeuf. Je ne m’attendais sans doute pas à autant de noirceur, mais le genre de la science-fiction est, pour moi, très bien mené.

Somme toute, une bande dessinée que je recommande aux amateurs/trices de SF et une très belle collaboration entre Zep au scénario, Dominique Bertail aux dessins et Dominique Bertail et Gaétan Georges à la couleur. Une histoire aérienne et fluide qui, sans être extraordinaire dans notre aire remplie de récits d’anticipation (Black Mirror, La Route,…), reste tout de même agréable à lire.

 

 

Paris 2119, Zep et Dominique Bertail, Rue de Sèvres, 2019.